juillet 10
Le paradoxe de la mobilité
Par FmR le mardi 10 juillet 2007, 14:01 - Tendances - Lien permanent
Les recruteurs sont formels : les candidats ne sont plus assez mobiles. Le rapport au travail a changé et la jeune génération ne prend plus le risque de tout quitter pour décrocher un job dans une autre région. C’est le paradoxe de la mobilité : encouragée par les pouvoirs publics et les entreprises, la mobilité professionnelle est devenue rare.
> Rite de passage
Avant, il fallait « voir du pays ! » Quitter sa région, ses amis, sa famille, pour saisir une nouvelle opportunité professionnelle... Le plongeon dans le grand bain du labeur était aussi un rite de passage vers la vie de travailleur adulte. S’affranchir pour grandir : la mobilité était un passage obligé, l’horizon à dépasser pour faire carrière.
Aujourd’hui, les déplacements sont facilités, mais la mobilité a du plomb dans l’aile. Les jeunes ne veulent plus quitter leur nid. Le travail n’est plus aussi déterminant, on cherche avant tout une qualité de vie dans un lieu choisi selon des critères extra-professionnels. La prime à la proximité pèse plus lourd dans la balance que la prime à la mobilité. L’insécurité qui règne dans le monde du travail y est certainement pour quelque chose.
> La mobilité subie
Pour ceux qui ont choisi d’emboiter le pas de la mobilité, le chemin de l’exil n’est pas de tout repos. Les aides à la mobilité existent (sous forme de crédit d’impôt, en particulier pour les jeunes qui trouvent un emploi dans un secteur en pénurie de main d’œuvre, le 1% logement…), mais il faut se reconstruire à chaque déménagement, tisser de nouvelles relations, trouver un emploi pour le conjoint, changer les enfants d’école… tout est plus compliqué.
La mobilité n’est plus choisie, elle devient obligatoire si on peine à trouver un travail. La mobilité interne dans les entreprises répond elle aussi à des lois qui échappent à tout contrôle. Entre les vœux exprimés et le résultat obtenu, il y a parfois tout un monde. Pour toutes ces raisons, la mobilité est devenue une contrainte qui s’ajoute aux autres (des salaires en berne, les trajets domicile-travail qui s’allongent, la précarité…).
L’instabilité a pris le relais de la mobilité. Un paradoxe de plus de notre époque, où les distances s’estompent, à condition d’en avoir les moyens. Tout le monde vante les mérites de la mobilité professionnelle mais seule une minorité ose faire ses bagages. Comme les parachutes dorés ou la fuite des cerveaux, c’est un luxe réservé à l’élite.
Contemplant l’idéal d’Erasme ou de l’Auberge espagnole, nous sommes ainsi devenus des spectateurs de la mobilité.

Commentaires
Ce serait intéressant de connaître le point de vue des recruteurs ! Certains aussi n'osent pas déraciner des postulants ! J'en ai vu, et vu des 2 côtés de la barrière, hésiter à faire venir des candidats de loin, compte tenu "des risques"... Et pour tout type de postes. Les recruteurs sont frileux m'a-t-on dit récemment. Vrai ou faux ?
Partir, tout quitter et recommencer à zéro... C'est excitant mais les plus jeunes ont pû souffrir de la mobilité de leurs parents et ont peut-être envie de poser les valises ?
Je suis en recherche d'emploi et je suis tomber à maintes reprises sur des refus car "j'habitais trop loin" : apparemment même 40 km de mon domicile n'était pas acceptable !
Sinon mon compagnon a dû déménagé pour son job !
Les jeunes ne sont plus mobiles ?... Vraiment ?!!!
Bonjour,
Je ne suis pas certains de la réalité de cet article, car je suis comme certains très mobile 3 déménagement en 5 ans sur 3 régions pour travailler et suivre ma femme. Alors comme le dit Touline et Asian l'avis des recruteurs sur le sujet est demandé.
Cordialement
C'est justement le point de départ de l'article, les recruteurs se plaignent du manque de mobilité des candidats, en particulier des plus jeunes qui n'ont pas de problème pour trouver du travail. Pour les autres, la mobilité, n'est pas un choix, c'est une nécessité pour trouver du travail (je suis bien placé pour le savoir, j'ai déménagé six fois en dix ans, 25.000 kms au compteur). Je dis simplement que notre rapport à la mobilité a changé.
Si notre rapport à la mobilité à changer, pour nous candidats, il l'est également pour les reccruteurs.
Je crois qu'actuellement il n'y a pas que des jeunes qui cherche du travail. On entend de partout les mesures pour aider les jeunes, mais nous qui sommes sorties depuis plusieurs années des écoles "pas de mesures".
Donc il serait temps aussi de prendre en compte les demandeurs d'emplois de plus de 25 ans? M'ENFIN.
Cordialement
Ca pourrait être un beau projet commercial pour Régionsjob ça
www.supermobilité.regionsjob.com A.K.A le site d'emploi du chercheur mobile !!! (rajoutez des néons fluots et des bruits genre "dzwiing" ou "ploutch" pour épater un peu).
), avec tous vos outils de veille et les possibilités d'exploiter les informations des candidats et bloggers regionsjob vous faites des économies d'échelles, et en plus vous pouvez monter des dossiers pour récupèrer des subventions de l'Etat et des fonds européens pour aide à la mobilité et à l'emploi...
Les entreprises galèrent donc elles sont prêtes à payer plus chere l'annonce (mettons 350% + chère parce que faut savoir ce qu'on veut non mais oh
Ceci dit, je sais pas pourquoi mais j'ai pas la sensation que cette fameuse mobilité soit si porteuse que ça... un peu comme si rien d'encourageait à la mobilité les gens qui ne le sont pas forcement ... ou un peu comme si c'était un problème de l'Etat et pas des recruteurs eux-mêmes ;).
D'ailleurs hôte rédacteur, tu fais souvent allusion aux recruteurs dans des nouvelles de ce genre. Est-ce que ça veut dire qu'ils sont réunis en asso professionnelle qui communique ? qui sont-ils (RH ? chefs d'entreprises, de PMI, de PME ?) s'ils sont fédérés pourquoi ne créent-ils pas un lobby pour se doter d'outils ? ou peut-être est-ce seulement le fruit d'études faites par des sociétés privées qui décretent des "recruteurs" parmi les dirigeants d'entreprises etc. etc. Bref, si ces des études il serait peut être temps pour ces "recruteurs" de créer une asso pro. Si il y a déjà une asso pro il serait peut être temps d'arrêter de couiner et de fabriquer des outils
> Frame, merci pour toutes ces bonnes idées. Une précision suite à ta remarque quand je parle des recruteurs, ce sont les DRH, chargée de recrutement, cabinets de recrutement, PDG avec lesquels j'ai l'occasion de m'entretenir pour les interviews du Fil Info http://www.ouestjob.com/fr/fil_info...
Si j'en parle c'est que cette remarque sur la mobilité revient très très souvent. Comme vous j'en suis un peu surpris, mais apparemment c'est une tendance lourde.
Le terme recruteur est certes un peu vague, c'est la personne qui est en face de vous en entretien : selon l'entreprise, ce peut-être le ou la chargé(e) de recrutement, le ou la DRH, le directeur ou la directrice de l'entreprise ou un(e) opérationnel(le).
Enfin, concernant l'association des recruteurs il en existe une c'est http://www.andrh.fr/
Je trouve ça assez étrange que des recruteurs se plaignent du manque de mobilité des jeunes ou moins jeunes (des chercheurs d'emploi en général) alors que nombreux sont ceux qui privilégient des "régionaux" moins susceptibles de fuir ... J'en ai fait l'expérience.
A côté de ça, certains apprécient beaucoup la mobilité ; on m'a d'ailleurs récemment félicité car mes expériences m'ont permis de résider un peu partout en France et c'est un point que des entreprises apprécient.
Bref, à quoi se fier : la mobilité est-elle un avantage ou un inconvénient dans le recrutement ? La question se pose toujours, non ?
En revanche, le breton (je suis breton) a l'air de faire peur car il semble que l'on ait une réputation d'amoureux de notre région qui revient toujours au bercail à un moment ou un autre. Pourtant il n'y a pas que les galettes dans la vie ...
... plutôt d'accord avec FmR : la mobilité pour les moins jeunes n'est plus un choix mais une nécessité... La reconstruction et la remise en question sont alors de mise, mais qu'en est-il réellement au final sur l'impact de la qualité de vie ? Pas évident tout ça...
Il y a un temps pour tout, les jeunes diplômés sont je pense plus mobile que les moins jeunes (mariés, enfants, achat immobilier ... ect.).
En 9 ans j'ai changé 7 fois d'emploi, 1 fois à l'étranger et 4 fois de région ( Languedoc - Irlande - Rhône Alpes - Bretagne - Rhône Alpes). Aujourd'hui je suis marié avec une maison à payer, j'ai pas forcément envie de remettre à 0 les compteurs ... Sauf si on me propose le poste de mes rêves
Donc comme beaucoup (à mon avis) mobile oui, mais avec un pont en or ou un travail en or.
Je rejoins Denis, quand il dit que "Bref, à quoi se fier : la mobilité est-elle un avantage ou un inconvénient dans le recrutement ? La question se pose toujours, non ?" ... En plus c'est un Breton et moi je suis amoureux de la Bretagne
Bonsoir,
Je ne rentre pas dans le débat...j'ai moi-même déménagé 6 fois en 12 ans...
Juste une question : Pourquoi n'existe il pas de blog "fil rouge" R.H. sur PACAJOB ? on aimerait assez...
> Christian, il existe un Fil Info sur Paca comme sur toutes les autres régions http://www.pacajob.com/fr/fil_info/...
>Bertrand, je suis d'accord on est plus facilement mobile au début de notre carrière à la sortie des études quand on a moins d'attaches.
Je viens d'accepter un emploi éloigné de mon domicile, alors non je ne suis pas mariée, mais il me semble légitime de se poser des questions sur l'importance que doit avoir sa vie personnelle et elle n'est pas liée au nombre des années...
Je ne peux m'empêcher de me poser la question : et si le recruteur avait posé la question êtes-vous en couple ? (ce qui n'a pas été le cas) aurais-je été choisie ?
moi je veux bien être mobile mais tous les boulots parisiens me sont ferméscar je n'y habite pas (bordelais représente)...
Pourtant si je postule la bas c'est que je veux y aller mais bon, il semble que ce ne soit qu'une discrimination de plus
pourtant les entretiens se passent trop bien....
J'ai mené une étude sur les motivations de départ des militaires en 2004 à Rennes. Il en a résulté que 60 % environ des jeunes engagés préférés quitté l'armée après leur premier contrat parce qu'on leur proposait une mutation hors région d'origine. Parmi les plus anciens, ceux qui avaient plus de 25 ans de service, on obtenait plus de 70 % de départ pour ce même motif. Pourtant le militaire lorsqu'il s'engage sait qu'il va devoir tout au long de sa carrière "voyager" que ce soit en mission extérieure ou pour des mutations normales liées à notre statut. Il n'y a donc pas d'effet de surprise, ce qui peut être le cas pour une entreprise qui décide une délocalisation.
Les observations obtenues lors de cette étude montrent que les personnes qui choisissent de quitter le système le font pour maintenir un équilibre familial. La présence des parents et des beaux parents réduisent de beaucoup les coûts éventuels pour garder les enfants entre autre. A celà, s'ajoute de manière plus officieuse, le climat de la région d'implantation. Ils préfèrent les régions ensoleillées à celles du Nord-Est de la France (sauf pour les originaires de cette région qui en majorité font carrière chez eux).
Je découvre avec cet article que le problème existe aussi dans les entreprises.
Peut être que la peur du déracinement et de l'éloignement du cocon familial pourrait apporter un élément de réponse à ce paradoxe. Mais ils ne sont pas les seuls facteurs.
Merci de votre contribution Patricia, c'est vrai que c'est étonnant de voir que les militaires ne sont pas si mobiles que ça.
Pour ce qui est du parallèle avec la mobilité en entreprise le même phénomène existe. Il y a d'une part l'attachement à la région d'origine (comme vous le décrivez surtout en raison des liens familiaux) et d'autre part la mobilité sélective : les candidats sont mobiles mais uniquement vers des régions très attractives en termes de qualité de vie comme l'Ouest, Rhône-Alpes ou Paca. En revanche que ceux qui souhaitent aller travailler à Charleville-Mézières ou Vierzon lèvent le doigt ! (Je précise que je n'ai rien contre ces villes, c'est juste un exemple)
le problème est aussi structurel. En France on a une culture propriétaire du logement, s'endêter sur 20 ans empêche donc de bougger tout les 2 ans d'endroits. D'autant que les locations de logements ne sont pas toujours faciles avec 1000 garenties demandées ... bref celui qui veut bougger le fera, mais il a pas intérêt à être marrié avec des gosses, et un faible salaire ...
Je ne crois pas que le fait d'être propriétaire soit un réel frein. Les prêts immobiliers prennent en compte la mobilisation avec les "prêts relais". Quant aux enfants, il est indispensable avant même de donner sa décision sur le choix d'un logement de bien se renseigner sur le quartier (commerces, écoles, réputation du quartier). Il y aura peut être des pleurs liés à la séparation avec les camarades d'écoles, mais cela ne durera pas sauf exception.